Ce matin je me suis
réveillée avant l'heure. La lumière passe en dessous mon volet. Je
ne peux pas le descendre jusqu'en bas, il est cassé. Ma fenêtre est
ouverte, hier, il faisait trop chaud dans ma chambre, le chauffage
tourne encore, c'est du collectif, je ne peut pas le régler, alors
j'ouvre.
Premier petit déjeuner,
j'ouvre le micro-onde, il est sale et ne sent pas bon. Pas le temps
de nettoyer, tant pis, je mets mon bol de lait à chauffer. Je
reviens une fois avoir entendu le « ding », je sors mon
bol, ça ne sent toujours pas bon. Je mets mes céréales, le lait
est bizarre, je trempe ma cuillère, le lait est caillé. Il est
8h25, tant pis je n'ai plus le temps, je jette mon lait dans les
toilettes et je sors de l'appart'.
Je
ne suis pas en avance, j'ai l'impression que l’ascenseur met une
éternité pour monter. Je me dis que j'ai l'option escalier... mais
je sais que je ne descendrais pas les 13 étages avant l'ascenseur
alors j'attends. Quand il arrive enfin, je prie pour qu'il ne reste
pas bloqué : je n'aime pas les ascenseurs.
En
sortant de l'immeuble, les mouettes chantent et tournent dans les
airs. Il y a un mélange d'odeurs : pain chaud et pots
d’échappements. Je lève la tête et vois une femme regarder les
gens se presser dehors. « A quoi elle pense ? » Elle est
sûrement entrain de se poser la même question à propos des
personnes qu'elle observe...
Dans
un quartier, c'est là que tu rencontres le plus de personnes, et de
tous horizons.
Moi,
j' observe car c'est ce que je viens de faire pendant 15 semaines,
alors j'observe encore et encore...et j'analyse
***
Je
croise toujours quelqu'un dans l'ascenseur ou dans la rue, j'ai
toujours un sourire.
J'aperçois
l'homme que j'ai déjà vu la veille, et comme hier, dès qu'il me
voit, il traverse la route d'un pas pressé. C'est la deuxième
fois... je me demande si quelque chose ne va pas chez moi pour qu'il
m’évite encore, je ne le quitte pas du regard, il ne marche pas
sur les traits blanc par terre... je me dis alors que quelque chose
ne va pas chez lui et qu'il n'a pas l'air si méchant. Je passe
ma route.
La
ville, là ou tu es entouré de mille personnes, l'endroit le plus
individualisé sur terre.
Tu
ne te sens pas seul... mais tu l'es quand même. Tu as plein de
voisins, tu ne connais pas leurs prénoms... Tu sais aussi que tu ne
reste pas longtemps dans le quartier alors tu ne fais pas forcément
d'efforts pour connaître du monde.
***
Le
soir, je rentre à l'appart', pas de coloc, tant pis je m'enferme
dans ma chambre, je travaille sur mes dossiers, sauf maintenant. Ma
concentration est à son maximum,des sirènes de pompiers
retentissent, en bas dans le square, des jeunes font du skateboard.
Par
la fenêtre je vois les immeubles voisins, les mouettes sont encore
et toujours là. Des insultes retentissent, une bagarre éclate, un
cercle se forme autours de deux hommes, un tombe à terre, une
personnes s'interpose, bagarre générale, une femme crie au
téléphone. L'homme est toujours par terre, les forces de l'ordre
arrivent et sont obligés de séparer les gens. Quelques minutes
après, un camion de pompier arrive à toute vitesse. L'homme est
embarqué à bord, des personnes sont interpellées, les autres se
dispersent.
La
nuit approche, je ne vois presque plus les touches de mon ordinateur,
je n'ai pas de lumière dans ma chambre, je dois arrêter de
travailler. Ma fenêtre est ouverte, sur le balcon je ne regarde
jamais en bas, c'est trop haut et le sol est flou. Il y a un petit
courant d'air, les mouettes jouent avec les vents et frôlent les
immeubles.
Petit
à petit, les lumières de la ville s'illuminent, la nuit est
complète. Dehors on dirait un gâteau d'anniversaire éclairé par
des milliers de bougies, quel spectacle magnifique. C'est le moment
que je préfère.
De
moins en moins de passage de voitures, les gens rentrent chez eux,
les commerces ferment, les rideaux se baissent.
Cette
ville si active et si pressé la journée se clame d'un coup.
La
ville est particulière, je ne passerais pas ma vie dans ce milieu
mais il y a plein de choses à observer. En voici une partie.
Merci
d'avoir pris le temps de me lire.
Pauline.